Promyé lantrokoz / Première interview
Lantrokoz-la la été fé an séptanm 2006 po lo magazine lantrepriz GET 974. Romuald Barret èk Fredo Rivière la réponn lo bann késtyon.
Cette interview a été réalisée en septembre 2006 pour le magazine de l'entreprise GET 974. Romuald Barret et Fredo Rivière ont répondu aux questions.
_________________________________________________________________________________
G : I paré zot i zwé mizik tradisyonèl ?
RB èk FR : Dopi dé zan é dmi, nou lé dann group DYANPAR.
G : Il paraît que vous faîtes de la musique traditionnelle ?
RB et FR : Depuis 2 ans et demi, on fait partie du groupe DYANPAR.
_________________________________________________________________________________
G : DYANPAR ?
RB èk FR : Lété in zésklav maron, mé galman lo non in landrwa dann Cilaos.
G : DYANPAR ?
RB et FR : C'était un esclave marron, c'est aussi le nom d'un lieu à Cilaos.
_________________________________________________________________________________
G : Lo non la pa été swazi konm sa alor ?
RB èk FR : Lo maron, sé in rebèl, li rézis, li suiv pa la mas, lord établi par lo pouvwar i domine. Bann maron, dann tan lésklavaz, lété pa in ta. Zot lété minm tyé par zot bann frèr k'lavé rès koté zot mèt, akoz lavé anfèrm a zot dan in sityasyon pli ba k’la tèr. Po nout group nou té i vé in non for povréman, pask maloya sé inn mizik i tyinbo kont lo tan, kont loubli.
G : Un nom donc pas choisi au hasard ?
RB et FR : Le marron, c'est le rebelle, celui qui résiste, qui ne suit pas la masse, l'ordre établi par l'idéologie dominante. Les marrons, dans la société esclavagiste, n'étaient pas majoritaires. Ils se faisaient même tuer par leurs propres frères restés auprès des maîtres, sûrement à cause de l'aliénation, de l'intériorisation du statut d'esclave. On voulait pour notre groupe un nom qui signifie quelque chose de fort parce que notre musique résiste au temps et à l'oubli.
_________________________________________________________________________________
G : Po zot, lo mo maloya i vé dir rézistans ?
RB èk FR : I fo pa oubli ousa maloya i sort, bann zésklav afrikin é malgas i santé sa lo swar, rant zot, kan zot té fine travay tout la zourné dann bitasyon po zot pa oubli ousa zot i sort : « maloya mon granpèr laminn isi, fo ni tiliz a li konm li lété ».
Kan nou sant maloya, nou rotrap nout koté afrikin-malgas, sak lé plis bordé, pli rabésé par rapor son listwar. Sé in lékilib, sé santir a nou vréman réyoné po nou gard in vré gatir rant yèr é zordi.
G : Le maloya est synonyme de résistance ?
RB et FR : Il ne faut pas oublier d'où vient le maloya, les esclaves africains et malgaches le chantaient le soir, entre eux, après les longues journées aux champs pour se souvenir d'où ils venaient : "maloya mon granpèr laminn isi, fo no tiliz a li konm li lété".
Chanter le maloya c'est se réapproprier notre part afro-malgache qui est la plus rejetée, la plus dénigrée de par son histoire. C'est un équilibre, c'est se sentir pleinement réunionnais et maintenir le lien entre le passé et le présent.
_________________________________________________________________________________
G : O fèt, konbyin zot i lé dann lo group ?
RB èk FR : Nou lé si bon dalon (de 19 a 27 an)
G : Au fait, vouts êtes combien dans le groupe ?
RB et FR : Nous sommes 6 bons copains (de 19 à 27 ans)
_________________________________________________________________________________
G : Kosa i inspir a zot ?
RB èk FR : Listwar, nout Listwar, bann tras in pasé an boubou dann sosyété zordi. Nout mizik i koz si domoun èk zot bann problinm toulézour. Nou koz si bann problinm i pé akapar not tout, mé sirtou sak néna zot rasine dann nout listwar : lo rasis, la vyolans, la plas bann fanm dann la sosyété, lo santiman nou lé pli fay lé zot, lo bordaz nout lang kréol…
G : Qu'est-ce qui vous inspire ?
RB et FR : L'Histoire, notre Histoire, les traces d'un passé douloureux dans la société actuelle. Notre musique est très concrète, proche des gens et de leur quotidien. On évoque des problèmes qui peuvent toucher chacun de nous, mais essentiellement ceux qui tirent leurs racines de notre histoire : racisme, violence, place de la femme dans la société, complexe d'infériorité, rejet de la langue maternelle...
_________________________________________________________________________________
G : Bann zidé kosto, néna in mésaz déryèr zot fonnkèr ?
RB èk FR : Ni sant maloya pask nou néna zafèr po dir, bann zidé po fé pasé. Romuald BARRET èk Nicolas SERY i ékri nout bann tèks.
G : Des thèmes forts, y'a t-il un message derrière vos textes ?
RB et FR : On chante du maloya parce qu'on a quelque chose à dire, une opinion à faire passer. C'est Romuald BARRET et Nicolas SERY qui écrivent nos textes.
_________________________________________________________________________________
G : E si mi di a zot "20 désanm" ?
RB èk FR : Sé inn dat ofisyèl. I koz in ta desi Sarda Garriga, lo komisèr la patri fransé, sak la « done » la libèrté bann zésklav, sèlman nou oubli k’néna domoun la vol a zot libèrté-la !
Tro souvan, nou oubli bann zésklav maron la done zot vi po la libèrté. Dat-la i roprézant lo batay bann zom, bann fanm la fé an misouk. Konbyin d’somin ou d’moniman i port lo non zansyin zésklav ? E konbyin i port sad bann kolonyalis é d’zésklavazis ? Dann lékol, i komans sèlman amont bann marmay La Rényon « zot » listwar !
G : Et si je vous dis "20 désanm" ?
RB et FR : C'est une date officielle. On parle beaucoup de Sarda Garriga, le commissaire qui au nom de la patrie française "offrit" la liberté aux esclaves, oubliant que cette liberté leur avait été volée !
Mais on oublie trop souvent les esclaves marrons qui ont donné leur vie pour la liberté. Cette date représente la concrétisation du combat d'hommes et de femmes mené dans la clandestinité. Combien de rues ou de monuments portent le nom d'anciens esclaves ? Et combien portent le nom de colonialistes et d'esclavagistes ? A l'école, on commence à peine à vraiment apprendre "leur" histoire aux petits réunionnais !
_________________________________________________________________________________
G : Kèl group la inspir a zot ?
RB èk FR : Promyé débi, bann group konm Bastèr, Ousanousava. Aprésa, dot konm Ziskakan ou Danyèl Waro, èk zot nou la aprann k’zwé maloya lété pa sèlman santé, lété tout in travay rosèrs, konésans si nout listwar po nou sov nout kiltir èk nout lang réyoné : inn fason rovandik nout lidantité réyoné.
G : Quels artistes vous ont inspirés ?
RB et FR : Au départ, des artistes comme Baster, Ousanousava. Puis après, d'autres comme Ziskakan ou Danyèl Waro avec qui on a appris que faire du maloya, ce n'était pas seulement chanter, c'est tout un travail de recherches, de connaissance de notre histoire pour préserver la culture et la langue réunionnaise : une manière d'affirmer haut et fort l'identité réunionnaise.
_________________________________________________________________________________
G : O fèt, kosa zot i pans la Starac ?
RB èk FR : Néna tro d’piblisité otour, lé tro komèrsyal. La pa sa i done la valèr in lartis…anfin, si i pèrmèt inn-dé fé konèt a zot, tan myé po zot. Lo vré problinm La Rényon, konm dot plas osi dawar, sé le ti pe léspas bann radyo i lès po bann mizik tradisyonèl.
G : Au fait, vous pensez quoi du phénomène Starac ?
RB et FR : Trop de médiatisation, c'est du commercial. Ce n'est pas ça qui donne de la valeur à un artiste...enfin, si ça permet à certains de se faire connaître, alors pourquoi pas ? Mais le vrai problème à La Réunion comme peut-être ailleurs, c'est le peu de place que les radios font aux musiques traditionnelles.
_________________________________________________________________________________
G : I anbèt a zot ?
RB èk FR : Anou non, pask nou lé pa « d’vandèr d’disk » ; nou zwé po gard in léritaz, po kri nout lorizinalité, nout mékontantman. Nou lé pa ranfèrmé si la kiltir réyoné, sèlman riskab i fo déza gin-y aprésyé sak nou néna isi. Souvan sé lo kontrèr : sak lé déor lé méyèr, sak na isi nou kraz.
G : Cela vous gêne ?
RB et FR : Non, pas directement car on est pas des "vendeurs de disques", on joue pour préserver un héritage, pour revendiquer notre originalité, crier notre mécontentement et on est pas renfermé sur la culture réunionnaise, mais peut-être faut-il déjà savoir apprécier ce que l'on a chez soi. Parfois, c'est le contraire que l'on voit se faire. "Sak lé déor lé méyèr, sak na isi nou kraz".
_________________________________________________________________________________
G : Ousa i gin-y war a zot ?
RB èk FR : Nou préfèr bann kabar pask lé pli vré é nou gin-y partaz la mizik konm nout bann zansèt té i fé dan tan lontan.
G : Où peut-on vous voir ?
RB et FR : On préfère les kabars qui sont plus authentiques et où on échange et partage la musique comme le faisaient nos ancêtres.